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TA Mamadou Diouf

 

 

Mamadou Diouf : Développement local, cultures communautaires et recompositions institutionnelles

Introduction

Il y a un peu plus de cinq décennies, la classe politique sénégalaise qui était acquise à l’inéluctabilité de l’indépendance des colonies françaises d’Afrique, s’attacha à promouvoir l’idée de l’accession à la souveraineté internationale, non des territoires coloniaux mais des ensembles fédéraux qu’ils constituaient, l’Afrique Occidentale en particulier. La farouche volonté de maintenir le cadre fédéral plaçait d’emblée le débat politique postcolonial sur des questions relatives à l’armature, aux formules institutionnelles et à l’organisation des pouvoirs, au sein de chaque unité fédérée – les territoires coloniaux – mais aussi entre celles-ci. En territorialisant la question politique et en inscrivant la quête du développement économique et social au cœur des espaces communautaires – les terroirs – la classe politique sénégalaise, me semble-t-il, identifiait la décentralisation comme un des principaux enjeux de la construction nationale. Elle l’est demeurée même si, dans le débat contemporain, la profondeur historique n’est pas souvent prise en compte.

Suite à l’échec de son projet fédéral, la classe politique sénégalaise entamait une réflexion sur le futur de l’État sénégalais. Aux yeux de cette classe dirigeante, trois questions paraissaient comme les plus préoccupantes :

- la production d’un ou de nouveaux savoirs et de nouvelles pratiques pour clôturer définitivement l’ethnographie et la géographie qui ont présidé à la mise en place de la gouvernance coloniale ;

- le démantèlement de l’armature institutionnelle qui a assuré une administration tatillonne et souvent répressive des communautés sénégalaises, en associant certaines logiques indigènes à celles du commandement colonial. Cette combinaison, qui alloue, pouvoir, prestige et enrichissement, reposait sur la non-reconnaissance du sujet indigène comme un acteur politique. Administré comme une chose, il n’est pas gouverné précisément parce que non représenté ;

- la réfection de la culture civique coloniale qui articule les traditions ethniques, religieuses, culturelles et politiques à l’idéologie coloniale de la mission civilisatrice, de l’assimilation et ensuite de l’association, au service du projet colonial d’exploitation économique et de domination politique.

Les trois préoccupations convergent pour définir des missions précises qui sont confiées à l’élite politique nationaliste : la formation de communautés civiques et citoyennes grâce au recouvrement de valeurs culturelles et religieuses indigènes, le dessin rigoureux des contours géographiques des terroirs et le gommage de la logique coloniale et de ses attributs, en particulier son déploiement spatial et ses formules sociales, politiques et institutionnelles. Dans la démarche prospective de l’élite sénégalaise, de ses deux leaders en particulier, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, il fallait, pour s’attaquer à la gouvernance coloniale, d’abord produire une nouvelle bibliothèque68 qui accumule des savoirs distincts sinon opposés à « la bibliothèque coloniale69 ». Les leaders de l’Union Progressiste Sénégalaise (UPS) 70 s’étaient fixés l’objectif de briser la continuité entre les deux périodes que tente de maintenir l’ancienne puissance coloniale sous la forme de relations néocoloniales. Le souci majeur qui les guidait, était l’élaboration d’une modernité politique et économique qui gomme la « parenthèse coloniale71 ». Leur proposition s’articulait autour du lancement d’une politique de transformation émancipatrice qui déstabilise autant les institutions coloniales que les cadres de socialisation indigènes qui leur sont associés, les confréries religieuses musulmanes et la chefferie traditionnelle, en particulier.

Les approches théoriques et les différentes mises à l’épreuve pratiques et politiques dont elle a été l’objet, constituent la scène de cette réflexion. Elle se propose de replacer la discussion sur la décentralisation dans sa profondeur historique véritable pour en comprendre les trajectoires heurtées et les résultats plutôt décevants. Elle tente aussi, en suivant à la trace les différentes figures dans lesquelles elle s’est affichée, d’en explorer les véritables enjeux pour délimiter un territoire de discussions des thématiques et d’élaboration de solutions pertinentes, susceptibles de porter un pouvoir local, efficace et comptable devant les citoyens. Dans cette discussion trois moments sont privilégiés: la sortie de la gouvernance coloniale et le premier projet postcolonial incarné par le Président du Conseil, Mamadou Dia ; la consolidation du pouvoir socialiste senghorien suite à l’échec du projet de Dia et enfin l’ascension au pouvoir de la technocratie sénégalaise et l’adoption des programmes d’ajustement structurel. La période contemporaine celle de l’alternance, ouverte en 2000, avec l’arrivée au pouvoir d’Abdoulaye Wade ne sera que très peu prise en considération par cette analyse.

Publications

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    Numéro 3 : Contraintes environnementales et
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